De gauche à droite : Paul-André Perron, conseiller stratégique du Bureau du coroner; Pierre Simard, directeur de l’Association des directeurs de police des Premières Nations et Inuit du Québec; Bridget Tolley, membre du comité consultatif de la cartographie FF2E+ADA; Marjolaine Étienne, présidente de FAQ; Laura Rock, directrice générale par intérim de FAQ. Crédit photo : Gracieuseté de FAQ
Projet de cartographie inédit sur les femmes et filles autochtones disparues ou assassinées
Tashi Farmilo
Lors d’une conférence de presse tenue à Québec le 31 mars dernier, l’organisme Femmes autochtones du Québec (FAQ) a présenté sa carte interactive sur les femmes, les filles et les personnes bispirituelles autochtones disparues ou assassinées (FF2E+ADA) sur le territoire entre 1950 et 2026. Les données recueillies ont mis en lumière l’ampleur et la persistance de la violence faite à ces personnes spécifiques.
Fruit d’un partenariat avec l’Université du Québec en Outaouais (UQO) et réalisée grâce au soutien financier de Relations Couronne–Autochtones et Affaires du Nord Canada, la cartographie documente 124 cas de FF2E+ADA, auxquels s’ajoutent 97 cas de décès suspects et autres décès survenus dans des circonstances aggravantes. Ainsi, ce sont 221 parcours de vie qui sont aujourd’hui documentés et honorés.
Ce projet de cartographie inédit a révélé des tendances inquiétantes, l’une d’elles étant que les cas de FF2E-ADA recensés au Québec se concentrent principalement dans trois régions : le Nunavik (39 cas), Montréal (13 cas) et l’Outaouais (11 cas). En outre, sur les 124 cas recensés, 96 sont des femmes et des filles assassinées, 14 personnes sont toujours disparues et n’ont jamais été retrouvées, et 14 personnes ont été portées disparues avant d’être retrouvées sans vie.
Les statistiques montrent clairement que la violence envers les femmes, les filles et les personnes bispirituelles autochtones n’est pas un phénomène révolu, mais une crise actuelle et persistante, liée à des facteurs systémiques. Plusieurs cas demeurent invisibles ou difficiles à documenter en raison de limites structurelles, administratives et historiques. Devant la gravité des constats, FAQ sonne l’alarme et appelle à une mobilisation immédiate et concertée.
Parallèlement, les données de l’Association des directeurs de police des Premières Nations et Inuit du Québec indiquent qu’en 2024 seulement, plus de 2 500 dossiers liés à la violence ont été ouverts dans les 22 services policiers autochtones de la province. Et ce chiffre, insiste le directeur Pierre Simard, ne reflète que les cas consignés dans le système. « Le portrait global offert aujourd’hui révèle la gravité de la situation et une réalité qu’on ne peut plus traiter comme une succession de cas isolés. Trop de violences demeurent encore dans l’ombre », a-t-il dit, ajoutant qu’une autre voie, fondée sur la collaboration entre les services policiers, les organisations communautaires et les institutions, est possible.
« Cette cartographie permet de documenter une réalité encore trop peu visible au Québec, et ce, en alliant les forces de la recherche quantitative et qualitative entre l’université et le communautaire », explique Audrey Rousseau, professeure au Département des sciences sociales à l’UQO et figure clé du projet. « En dépit des défis liés à l’accessibilité et à la fragmentation des données institutionnelles, notamment policières, ce projet démontre l’urgence d’agir afin d’obtenir un portrait plus juste de la situation et soutenir la mise en place d’actions concrètes ».
Pour Marjolaine Étienne, présidente de FAQ, l’exercice de cartographie a surtout mis en lumière une réalité que les communautés autochtones connaissent depuis longtemps. « Derrière chaque cercle sur la carte, il y a une femme, une fille, une personne bispirituelle, une famille et une communauté. Aujourd’hui, nous ne sommes pas seulement ici pour présenter des données, mais pour lancer un appel à l’action collective. La sécurité des femmes autochtones doit devenir une priorité pour l’ensemble de la société et pour le prochain gouvernement du Québec ».
Une version interactive de la cartographie FF2E+ADA est disponible au www.faq-qnw.org.
Trad. : MET