Nouveaux tarifs américains : la bière deviendra-t-elle un luxe ?
Mélissa Gélinas
Les nouveaux tarifs douaniers américains toucheront plusieurs entreprises de la région y compris de nombreuses brasseries locales, dont certaines bières qui proviennent chez le voisin du sud.
Pour l’instant, les nouvelles mesures tarifaires ne semblent pas avoir encore d’incidence sur les prix de la bière, mais ne tarderont pas à se faire ressentir. « L’impact ne se fera pas de façon instantanée », souligne Daniel Lagacé, propriétaire du Bistro L’Autre Œil à Aylmer.
Plusieurs brasseries, notamment, les macrobrasseries ont déjà précommandé en grande quantité leurs alcools provenant des États-Unis. « Ils ont les moyens de s’approvisionner sur le long terme, contrairement aux microbrasseries », explique Sébastien Gandy, responsable des ventes, des communications et du volet culturel À La Dérive Brasserie Artisanale à Gatineau.
Selon les informations, le coût de la canette pourrait, éventuellement, augmenter de 10 à 30 cents. « Si c’était aussi simple que d’augmenter le prix de la canette et de le refiler aux clients, ça ne serait pas si compliqué », mentionne Sébastien. « Le vrai enjeu c’est que nous sommes déjà dans une guerre de prix puisqu’il y a une compétition entre les microbrasseries et les macrobrasseries qui eux, ont toujours le gros bout du bâton », poursuit-il. En ce sens, les prix de la bière chez les petites brasseries étant déjà un peu plus élevés que la moyenne rendront leur compétitivité davantage difficile.
En faisant preuve d’imagination, des solutions peuvent être apportées, selon Nathalie, propriétaire chez Fine et Futés à Buckingham. « Personnellement, je trouve que les artisans brasseurs débordent de créativité », raconte-t-elle. « Même s’ils se retrouvent avec une pénurie de houblon, je crois qu’ils pourront simplement inventer une nouvelle bière », enchaîne-t-elle.
Pour Sébastien, il existerait peu d’alternatives pour alléger la situation. « Au final, nous sommes pris dans une guerre politique qui ne fait pas de sens où l’on n’a pas d’outils pour arriver à nos fins », exprime-t-il. « Je crois qu’on ressent, tout de même, un appétit de la population d’encourager les plus petits joueurs locaux », continue-t-il.
D’un autre côté, Daniel croit que l’enjeu se manifestera davantage au niveau de l’approvisionnement. « Pour les brasseries comme moi qui font affaire avec la Société des alcools du Québec (SAQ), il est, actuellement, impossible de se procurer des produits américains que ce soit au niveau des spiritueux, du vin ou de la bière », souligne-t-il. « Bien que ces tarifs peuvent inquiéter, le coût de la vie augmente lui aussi et lorsque je vois ma facture, ça me fait un peu moins peur », poursuit-il.