Avenue des Calèches
Des résidents exigent réparation suivant l’abattage d’un précieux corridor boisé
Jude Osmond
Tous les arbres qui bordaient l'avenue des Calèches jusqu’à l’intersection de la rue John-Egan ont été abattus sans préavis le 19 mars par Hydro-Québec, provoquant la colère des résidents du quartier. Les lecteurs doivent savoir que cette petite rue est située juste derrière L'Arrimage, un centre d'éducation pour adultes situé rue LeGuerrier, et à proximité des Galeries Aylmer – deux lieux publics très fréquentés en journée. Pour de nombreux résidents, ces arbres jouaient un rôle essentiel en les protégeant des regards indiscrets et en servant de barrière acoustique.
« Ces arbres constituaient la seule barrière entre nos maisons et l’école, ainsi qu’avec certaines propriétés voisines », a expliqué un résident de longue date de l’avenue des Calèches. « Ils préservaient notre intimité, étouffaient le bruit et embellissaient la vue. Leur disparition nous prive de tous ces avantages ».
Les arbres auraient été abattus pour éviter qu’ils n’endommagent les fils électriques qui les surplombaient. Mais cette explication n’a pas convaincu les résidents, qui sont nombreux à se demander pourquoi on ne pouvait pas simplement les élaguer. Gabrielle Lajoie, qui habite également cette rue, a confié au Bulletin qu’elle peut désormais voir directement à l’intérieur d’une salle de classe de l’école depuis la fenêtre de son salon. Il en va de même pour les usagers du stationnement de l’établissement, qui ont maintenant une vue pleinement dégagée sur plusieurs résidences.
« Je n’aurais jamais acheté la maison si elle donnait sur un stationnement plutôt que sur une belle rangée d’arbres », a exprimé une autre voisine.
L'avis d'une agente immobilière
Ceux qui sont propriétaires estiment que la valeur de leur propriété a chuté, car l'absence de verdure et le caractère désormais très ouvert de l’endroit priveront les futurs acheteurs potentiels de toute intimité.
« La suppression de la végétation établie crée un paysage plus austère, où la vue sur les canopées naturelles et les oiseaux est remplacée par des murs en briques et une chaussée exposée au soleil. Cela peut influencer la première impression d’un acheteur et l’attrait perçu d’une rue », a expliqué Catherine Labelle, agente immobilière à la Chambre immobilière de l’Outaouais.
« La valeur de notre maison a baissé de 15 000 $ car le marché sur notre rue est tombé au point mort depuis que l’allée d’arbres a été coupée », affirme un résident dont la maison est présentement à vendre.
Absence d’imputabilité
Un porte-parole d’Hydro-Québec a déclaré au Bulletin que les travaux en question ont été faits dans le but de prévenir les pannes causées par des branches en contact avec les lignes électriques. « Cela s’inscrit dans un plan d’action visant à intensifier les travaux de maîtrise de la végétation à proximité des lignes électriques afin de réduire de 30 % le taux de pannes liées à celle-ci », a-t-il précisé. « Ces lignes électriques alimentent de nombreux services essentiels à Aylmer, notamment la caserne de pompiers, les écoles, et bien d’autres ».
Selon certains résidents de la rue, la plupart des arbres ne touchaient pas les fils, et certains qui n’en étaient pas proches ont tout de même subi le même sort. Ils ont aussi ajouté qu’au cours des 20 dernières années, les branches avaient été élaguées à quatre reprises pour éviter qu’elles s’approchent des lignes électriques. Mais jamais une rangée entière d’arbres n’avait été abattue.
Un résident de longue date de l’avenue des Calèches a informé le Bulletin que lorsque la construction du centre L’Arrimage a été approuvée, il y a 25 ans, le comité d’urbanisme de la Ville leur avait promis un corridor boisé permanent qui servirait à la fois d’écran d’intimité et de barrière acoustique par rapport à l’autre côté de la rue.
Par ailleurs, tous les débris de branches et résidus provenant des travaux ont été laissés sur place. Les voisins ont donc dû se charger eux-mêmes du ramassage, ce qui leur a demandé beaucoup de temps et d'effort.
Hydro-Québec a répondu qu'elle n'était pas responsable de ramasser les débris ni de replanter les arbres coupés, et qu'elle n'était pas non plus tenue d'informer les résidents à l’avance de l’opération prévue. Elle a ajouté que cette responsabilité incombe plutôt à la Ville et à l'école.
André Fortin, député de Pontiac à l’Assemblée nationale, a expliqué qu’Hydro-Québec est une société d’État indépendante du gouvernement, ce qui signifie qu’elle est régie par sa propre structure décisionnelle. M. Fortin a assuré qu’il ferait un suivi concernant la décision de ne pas informer les résidents de l’opération de coupe qui était planifiée dans leur quartier.
Caroline Murray, conseillère municipale du district de Deschênes, a dit s’être penchée sur les différentes options qui s’offrent à la Ville. Elle a toutefois précisé que lorsqu’il s’agit d’arbres à proximité du réseau électrique, la Ville n’a pas compétence. « Nous sommes limités en ce qui concerne une intervention directe de notre part », a-t-elle admis.
La Ville de Gatineau et d’Hydro-Québec se renvoient la balle à divers égards dans ce dossier, ce qui exaspère les résidents; ceux-ci préféreraient de loin obtenir des réponses quant aux solutions possibles pour corriger la situation – de façon temporaire à court terme, puis de manière permanente.
Selon un porte-parole de la police de Gatineau, les forces de l’ordre n’ont pas compétence dans cette affaire, et les doléances des citoyens doivent être portées au niveau municipal.
Prochaines étapes
Les résidents de l'avenue des Calèches exigent des mesures correctrices immédiates pour rétablir leur intimité, car sa perte diminue leur qualité de vie au quotidien. Ils demandent également que les débris restants soient ramassés sans délai, que le site soit nettoyé et remis en état, et que le rôle et la compétence de la Ville dans cette affaire soient précisés.
Trad. : MET

